Remporter des contrats grâce à un bilan carbone

Remporter des contrats grâce à un bilan carbone

  • Publié le 1 juin 2026

Les grandes organisations s’engagent massivement à contrôler et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’aide d’un bilan carbone. Pour y parvenir, elles imposent désormais une nouvelle règle du jeu. Celle d’inclure leurs fournisseurs dans l’équation.

Ce mouvement de fond, amorcé dans les marchés internationaux, descend progressivement dans toutes les chaînes d’approvisionnement. Y compris celles des régions du Québec. Pour les petites et moyennes entreprises (PME), comprendre ce qui se passe et s’y préparer est devenu un enjeu de pérennité.

Nous le constatons aussi chez Cotnoir Consultation. Des entreprises nous contactent parce qu’un donneur d’ordre vient de leur envoyer un questionnaire d’évaluation en développement durable. La pression atteint désormais des PME qui n’auraient jamais imaginé avoir à se soumettre à ce type d’exigences.

Une pression qui vient d’en haut… et qui descend jusqu’à vous

Au Canada, 82 % des grands donneurs d’ordres exigeaient déjà au moins un critère ESG (environnemental, social, gouvernance) de leurs fournisseurs en 2022. Parmi ceux qui n’avaient pas encore d’exigences à l’époque, plus de la moitié prévoyaient d’en adopter dans les deux années suivantes.

Cette tendance s’est depuis concrétisée, et les questionnaires ESG fournisseurs sont maintenant monnaie courante dans les appels d’offres au Québec comme ailleurs au Canada et dans le monde.

Hydro-Québec en est un exemple parlant. La société d’État déploie progressivement son questionnaire en développement durable comme critère de valorisation dans la majorité de ses appels au marché. Parmi les priorités retenues figure justement la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le bilan carbone, un incontournable des questionnaires fournisseurs

Les entreprises qui calculent leurs émissions obtiennent des points et celles qui se fixent des objectifs de réduction en obtiennent davantage. Ne pas avoir de données GES, c’est donc laisser des points, et potentiellement des contrats, sur la table.

Mais que mesure-t-on exactement lorsqu’on parle d’émissions de GES? La réponse se structure autour de trois catégories, communément appelées les « scopes », définies par le cadre de référence international qu’est le GHG Protocol :

  • Scope 1 (Émissions directes) : Comprend la combustion de carburant dans les véhicules ou les équipements appartenant à l’entreprise.
  • Scope 2 (Émissions indirectes liées à l’énergie) : Couvre les émissions générées par la production de l’électricité, du chauffage ou de la vapeur achetés par l’entreprise.
  • Scope 3 (Autres émissions indirectes) : Englobe l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement (achats, transport de marchandises, déplacements des employés, fin de vie des produits, etc.). C’est généralement ici que se concentre l’essentiel de l’empreinte carbone, mais c’est aussi le périmètre le plus complexe à documenter.

Ce dernier scope peut représenter jusqu’à 90 % des émissions totales d’une entreprise. Pour honorer leurs engagements climatiques, les grandes organisations doivent donc considérer leurs fournisseurs. Vous êtes fournisseur? Vos émissions font partie de leur bilan.

Selon une étude réalisée en 2023, seulement 9 % des PME canadiennes qui ont calculé leurs émissions de GES l’ont fait pour les trois scopes. C’est un écart considérable entre la demande des donneurs d’ordres et la réalité des fournisseurs, mais aussi une occasion de se démarquer pour les entreprises qui prennent les devants.

Les erreurs à ne pas faire

Face à un questionnaire ESG, certains réflexes peuvent coûter cher :

  • Ignorer ou reporter : Le questionnaire reviendra au prochain appel d’offres, souvent avec des délais encore plus serrés.
  • Estimer sans méthode : Inventer des chiffres vous expose à des questions compromettantes (qui pourraient vous écarter du processus) lors d’un audit fournisseur.
  • Abuser du « non applicable » : Exclure d’emblée le scope 3 n’est plus acceptable. Une partie de ce périmètre est toujours mesurable.
  • Confondre intention et action : Écrire « nous visons la carboneutralité » sans plan chiffré ne convainc plus personne. Pire encore, avec le renforcement des lois canadiennes contre le greenwashing (loi C-59), les affirmations vagues représentent aujourd’hui un réel risque légal et financier

Soyez un fournisseur prêt à l’action

Être prêt ne signifie pas être parfait. Cela signifie pouvoir répondre avec des données crédibles, dans un délai raisonnable. Concrètement, cela implique de connaître ses émissions de scope 1 et 2, d’avoir identifié les principales sources de scope 3 pertinentes pour son secteur, de disposer d’un plan de réduction documenté et réaliste, et d’être en mesure de soumettre des pièces justificatives si le questionnaire l’exige.

La pression indirecte reste forte, même pour les PME qui ne sont pas directement soumises à une réglementation. Les donneurs d’ordres doivent rapporter leur scope 3 et donc le vôtre. C’est cette réalité qui transforme le bilan carbone d’un exercice théorique en outil stratégique d’affaires.

Passer de la réaction à l’anticipation

Les PME qui réalisent leur bilan carbone en réponse à un questionnaire déjà reçu partent avec un désavantage. Celles qui le font en amont peuvent l’intégrer à leur positionnement commercial, l’utiliser dans leurs soumissions et bâtir une relation de confiance durable avec leurs clients.

Le bilan GES n’est plus réservé aux grandes entreprises. Il est devenu, pour les PME québécoises, un outil de qualification fournisseur, et dans bien des cas, un facteur déterminant d’accès aux marchés.

 

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