Faire face à la pénurie de main-d’œuvre

  • On 10 juillet 2018

Une importante pénurie de main-d’œuvre se fait sentir depuis quelque temps au Québec et particulièrement dans les régions de l’Est-du-Québec. Les articles de médias sont de plus en plus nombreux à décrire les situations précaires dans lesquelles se retrouvent plusieurs entreprises. La fermeture de commerces sur certains jours de la semaine, les heures supplémentaires qui s’accumulent ou encore l’embauche de travailleurs étrangers pour répondre à la demande en sont quelques exemples.

Bien qu’il s’agisse d’un contexte entrainant de sérieuses conséquences économiques, il est bien de mentionner que ce ne sont pas toutes les entreprises qui ont des problèmes au niveau du recrutement des ressources humaines en région.

Dans une discussion avec la propriétaire d’une microbrasserie de la Gaspésie, celle-ci affirmait qu’elle ne voyait aucunement l’effet de la pénurie de main-d’œuvre sur son entreprise. Bien au contraire, elle recevait beaucoup plus de candidatures qu’elle en avait de besoin. Tous ses postes étaient pourvus.

Étrangement, il est plus facile de trouver une personne voulant mettre des bouteilles de bière dans une caisse en carton que de trouver une personne voulant mettre des produits alimentaires dans un sac d’épicerie. Pourquoi la microbrasserie comble-t-elle ses besoins de main-d’œuvre alors que le supermarché d’à côté peine à trouver des employés pour un travail quasi similaire?

La réponse se trouve au niveau de l’image et des valeurs véhiculées par l’entreprise. Une entreprise engagée à la protection de l’environnement et à la qualité de vie de son personnel augmente nettement son pouvoir d’attraction de la main-d’œuvre. Une entreprise ayant une démarche de développement durable à son actif avec l’adoption de pratiques responsables concrètes se rend beaucoup plus attrayante pour le chercheur d’emploi.

Une étude réalisée en 2004, auprès de diplômés MBA de Stanford, révélait que 97 % d’entre eux étaient prêts à accepter une baisse de salaire de 14 % pour travailler dans une entreprise qui jouit d’une bonne réputation en matière de responsabilité environnementale et sociale (1).

Réussir à avoir l’étiquette de l’entreprise responsable et proactive facilite grandement le recrutement d’employés, mais l’édification d’une telle réputation peut prendre du temps. Alors, vaut mieux commencer à établir rapidement une politique et un plan d’action en développement durable considérant les aspects économiques, sociaux et environnementaux auxquels l’entreprise est confrontée.

Une entreprise a tout intérêt d’améliorer les conditions de travail de ses employés et de diminuer son empreinte environnementale. Il est valorisant pour un employé de travailler pour une entreprise s’impliquant au niveau de l’environnement et de la société. Il est important de développer le sentiment de fierté et d’appartenance au sein de son personnel.

Bien évidemment, il ne faut pas avoir la prétention de croire qu’une démarche de durabilité réglera tout. Les emplois éreintant physiquement et épuisant mentalement auront toujours plus de difficulté à trouver preneur. De même que les emplois temporaires ou saisonniers. Des facteurs externes, tel le vieillissement de la population, sont aussi à considérer dans les problèmes de recrutement actuels.

Néanmoins, la microbrasserie est dans le même contexte territorial avec les mêmes enjeux que l’épicerie voisine. Pourtant cette dernière éprouve beaucoup plus de difficulté à recruter. Porter une attention particulière à la réputation environnementale et sociale de son entreprise ne peut pas nuire. Avant d’accuser des facteurs externes, un travail interne est à accomplir dans les entreprises vivant une pénurie de main-d’œuvre.

 


(1) WILLARD, B. (2005) The Next Sustainability Wave Gabriola Island: New Society Publishers